De l’orientation à l’APB : le massacre des innocents

La Méthode Projets Métiers présentée sur ce site, apporte une solution nouvelle aux parents dont les ados perdent leur motivation scolaire, se demandant à quoi çà sert tout çà et risquant à plus ou moins longue échéance, de décrocher. Ils sont nombreux ces jeunes, très moyens en tout au collège au lycée, mais partout ailleurs joyeux, brillants et entreprenants. Ils sont sous la menace permanente d’être « orientés », décision couperet prise dans le mystère du conseil de classe. Bacheliers, ils seront soumis au diktat de l’APB.

L’admission post bac, désormais popularisée sous le sigle APB, fait l’actualité. Finis les recommandations auprès des Présidents de Fac, les passe-droits et autres réseaux d’influence, on confie à un logiciel le soin de répartir les nouveaux étudiants entre les différentes filières d’études.  Un mystérieux algorithme prétend « optimiser » en fonction des places disponibles, les dizaines de vœux des centaines de milliers de jeunes désireux d’entrer dans l’enseignement supérieur. La brillante performance technique a abouti en 2017 à un minable un tirage au sort, pire moyen de sélection. L’APB est le symbole d’un système absurde et injuste.  

L’absurdité et l’injustice commencent bien avant l’admission post-bac. On connait les défauts de l’orientation scolaire qui n’a d’autres objectifs que de gérer des flux et de remplir des classes et des filières. Ce processus archaïque et hypocrite broie les rêves et les projets des adolescents, au nom d’une rationalité administrative.

Le pire est sans doute en fin de troisième, quand il faut régler le sort de ceux qu’on juge incapables d’entrer dans l’enseignement général. On les envoie de gré ou de force vers l’enseignement professionnel où ils sont répartis entre des filières et des classes dont toutes les places doivent être occupées. Cette orientation par la relégation n’est qu’une gestion de flux. C’est le traitement français de l’échec scolaire, échec qui est bien plus celui de l’école que celui des élèves. 

On applique la même recette à la fin de la seconde en filtrant ou plutôt en exfiltrant les élèves qui ne sont pas au niveau des filières « nobles » de L, SES et S. Ils sont « orientés » avec ou sans leur accord vers les filières technologiques. Les élèves admis dans les trois sections « nobles » sont aussi soumis à distillation non pas en fonction de leurs points forts, mais par sanction de leur niveau en maths. Les meilleurs vont en S. Les autres sont rejetés en L ou plus souvent en SES qui devient une section « fourre-tout ».

La seule sélection qui n’est pas une élimination, mais un choix, est celle de l’entrée en S...

Finalement, le seul tri « positif », la seule sélection qui n’est pas une élimination, mais un choix, est celle de l’entrée en S. On retrouvera le même choix positif et sélectif dans les Classes préparatoires.

Ce processus indigne de l’Ecole de la République, est censé recevoir le plein accord des intéressés et des familles. Les décisions sont prises dans les lycées et les collèges, par le conseil de classe c’est-à-dire par la direction et le professeur principal, qui n’ont guère la possibilité de prendre en compte le projet personnel de l’adolescent concerné, si tant est qu’il existe. 

Tous les jeunes ou quasiment tous, obtiennent le bac qui n’est aucunement un examen de passage dans l’enseignement supérieur, mais un système pour désencombrer les classes Terminales et alléger le nombre de professeurs à rémunérer dans les lycées. On donne le diplôme du bac à quasiment tous les jeunes français, sauf aux décrocheurs qui ont renoncé pour des raisons qu’en général le système ignore. Des associations (par exemple les PEP) ou des écoles privées hors contrat, prennent en charge ces jeunes décrocheurs dont on devrait dire plutôt qu’ils ont été « décrochés » par l’institution nonobstant sa devise « Liberté, Egalité, Fraternité ».

En reprenant sous une nouvelle appellation différents dispositifs jamais appliqués et rarement portés à la connaissance des principaux intéressés (élèves, parents, professeurs), le « Parcours Avenir » habille un processus qui reste le même. Les élèves sont censés construire leur « projet professionnel » tout au long de leurs études secondaires, sous la conduite de leur professeur principal. Combien le font vraiment ? Très peu, comme le constatent les observateurs de terrain.  L’ « accompagnement personnalisé » par les professeurs principaux, tel qu’il est prévu par les textes, existe parfois grâce aux efforts surhumains d’une minorité de chefs d’établissement qui placent l’orientation au premier rang de leurs préoccupations.

Tout cela aboutit à l’épanouissement d’une profession en plein essor : Coach d’orientation. On fait payer ce qui est fourni gratuitement en principe par l’institution. Ces personnes parfois compétentes, occupent le vide. Beaucoup de spécialistes du soutien scolaire y trouvent un nouveau terrain d’activité.

Une réalité inchangée et calamiteuse

Au bout de ce « Parcours d’Avenir » dont le beau nom cache une réalité inchangée et calamiteuse, l’Admission Post-Bac est le couronnement de l’absurde. Ce système ignore le projet professionnel que l’on est censé avoir construit au lycée et qui devrait justifier le choix des études supérieures. On choisit la formation avant le métier. On se forme sans qu’il y ait de rapport avec un choix de métier. On choisira le métier après avoir obtenu le diplôme. On met la charrue avant les bœufs. Le résultat est un zapping incroyable entre les différentes filières. Il n’est pas rare qu’un étudiant après deux années de médecine, fasse une année de droit puis un BTS de commerce. Avec trois conséquences : d’abord une forme de désespérance des jeunes qui errent sans but, avec le sentiment d’être méprisés et abandonnés par une société qui ne les comprend pas, ensuite un coût invraisemblable de l’enseignement supérieur pour la société, enfin une insertion professionnelle des jeunes non préparée et qui aboutit au chômage et à l’échec professionnel pour trop de jeunes.

On s’étonnera s’ils recommencent à dépaver Paris.

Frédéric Villiers

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